Nointel est un charmant village niché entre une colline boisée au sud et un plateau s’élevant doucement vers le nord (à l’origine du grand plateau de Picardie). De nombreuses sources jaillissaient de cette colline ce qui explique que les hommes s’y installèrent dès les temps les plus reculés! En effet les puits à silex découverts au XIXe siècle prouvent l’existence de populations qui fabriquaient sur place des outils et des armes pour eux et leurs voisins.
ORIGINE DU NOM : NOVIENTELLUM (petit Nogent)
On trouve ensuite :
– 1120 – NOGENTELLUM
– 1144 – NOINGETELLUM
– 1235 – NOIENTELLUM
– 1304 – NOYENTELLUM
– 1334 – NOGENTEL
– 1700 – NOINTEL-BECHAMEL
puis NOINTEL en BEAUVAISIS
VESTIGES ROMAINS
Au sommet du bois des côtes, sur cette colline qui ne fut boisée qu’au XVIIIe siècle, on trouve encore les traces de l’occupation romaine.
En -52, César venant de vaincre le Soissonnais rencontre des difficultés avec les Bellovaques réfugiés dans l’oppidum de Clermont. Il installe ses légions à Nointel en attendant des renforts. Ils y restèrent 18 mois.
Après son départ, des soldats romains restèrent au village et y plantèrent la vigne qui sera exploitée jusqu’au XIXe siècle où l’on comptait jusqu’à 48 vignerons.
EPOQUE MEROVINGIENNE
En 1938, on trouve la trace de troupes mérovingiennes par la présence de sarcophages découverts lors de l’exploitation d’une carrière près du camp César.
UNE BATAILLE DECISIVE DE LA GRANDE JACQUERIE
La Grande Jacquerie de 1358 a marqué à tout jamais Nointel. S’il n’en reste aucune trace visible, le lieu même où elle s’est déroulée est resté un lieu-dit de la commune. En consultant le cadastre, vous tomberez ainsi sur « Champ de Bataille », soit l’endroit exact où le combat fit rage.
Printemps 1358. La guerre de 100 ans a commencé depuis 21 ans (et ne se terminera qu’en 1453). Le roi de France Jean II le Bon et un de ses fils sont prisonniers des anglais depuis leur défaite en 1356 lors de la bataille de Maupertuis (près de Poitiers) et en captivité à Londres. Les états généraux réunis en 1357 prévoient le contrôle du gouvernement royal et décident de libérer Charles le Mauvais, roi de Navarre, qui avait été arrêté par Jean II en 1356 car il s’était allié aux anglais.
Le 28 mai 1358, les paysans de Saint-Leu-d’Esserent, excédés par les levées fiscales votées à Compiègne et destinées à mettre le pays en défense, se rebellent. Rapidement les exactions contre les nobles se multiplient au nord de Paris. Cinq mille hommes (que l’on surnommera les « jacques » probablement du fait du port de vestes courtes appellées « jacques ») se regroupent rapidement autour d’un chef charismatique : Guillaume Calle, paysan originaire de Mello. Il reçoit très rapidement les renforts de la part d’Etienne Marcel, prévôt des marchands, et s’empare du château d’Ermenonville. Le 09 juin, les hommes du prévôt de Paris et une partie des Jacques (environ mille hommes) conduisent un assaut sur la forteresse de Meaux où sont logés le régent et sa famille mais ce fut un échec. Ils sont balayés par une charge de cavalerie menée par le comte de Foix et le captal de Buch.
Pressé par la noblesse, et particulièrement par les Picquigny auxquels il doit la liberté, Charles le Mauvais, dont le frère vient d’être tué par les Jacques, souhaite reprendre le dessus. Le 12 juin 1358, il attaque les Jacques sur le terrain situé au nord de l’actuelle Route Départementale 931, entre Nointel et Catenoy, en dessous de la chaussée Brunehaut. Sept mille paysans subirent l’assaut de deux à trois mille soldats du Navarrais. La plupart furent tués pendant le combat ou furent faits prisonniers puis pendus. Guillaume Calle, quant à lui, fut invité par Charles le Mauvais à venir à Clermont pour discuter, mais c’était un piège. Fait prisonnier, il fut supplicié puis décapité.
C’est à cette époque que furent creusés les souterrains qui relient Nointel à l’Abbaye Saint-Antoine de Catenoy et à d’autres lieux fortifiés.
NOINTEL, LE MARQUIS ET LA SAUCE
Saviez-vous que la sauce béchamel, si appréciée des amateurs de cuisine, aurait été élaborée pour la première fois par le Marquis Louis de Béchameil en son château de Nointel ?
Né à Rouen en 1630, fils de Jean Béchameil, libraire, et de Marie Pineau, Louis de Béchameil de Nointel (tel était son titre exact) était avant tout un financier. Fermier général fort riche (il s’était notamment enrichi pendant la Fronde), son mariage en 1648 avec Marie Colbert, cousine de Jean-Baptiste Colbert, le surintendant des finances de Louis XIV, lui a sans aucun doute facilité l’obtention de diverses charges. De son mariage naquirent trois enfants : Louis Béchameil de Nointel (1649-1718), Madeleine Béchameil de Nointel (1655-1725) et Marie Louise Béchameil de Nointel (1661-1740).
Conseiller d’Etat et Surintendant-Général des Domaines, Maison et Finances du Duc d’Orléans (Philippe d’Orléans, dit Monsieur, frère de Louis XIV), il fit l’acquisition de la charge de maître d’hôtel du « Roi Soleil ». C’est à cette occasion, et pour répondre à l’appétit féroce du « Grand Roi », qu’il aurait alors créé la fameuse sauce.
« Aurait » car les historiens ne sont pas tous d’accord sur ce sujet. Plus vraisemblablement, elle serait le résultat du perfectionnement par François Pierre de la Varenne, cuisinier du Marquis d’Uxelles, Gouverneur de Chalon-sur-Saône, d’une sauce plus ancienne importée en France par Catherine de Médicis, à base de crème, et qui l’aurait dédiée à notre Marquis nointellois, provoquant la jalousie du duc d’Escars : « Est-il heureux, ce petit Béchameil ! J’avais fait servir des émincés de blancs de volaille à la crème plus de vingt ans avant qu’il fût au monde et, voyez, pourtant je n’ai eu le bonheur de pouvoir donner mon nom à la plus petite sauce ». Composée à l’origine de jus de viande et d’échalotes, la sauce s’est d’abord appelée « béchameil », puis « béchamelle » avant de devenir, à la fin du XVIIIe siècle, la « béchamel ».
Mais revenons à Louis de Béchameil.
Amateur d’art et fin gourmet, il était à ce titre, semble-t-il, très apprécié de Louis XIV. Le monarque le nomma d’ailleurs Directeur de l’Académie des « sciences, belles lettres et arts » d’Angers, académie fondée en 1685 (il en resta le Directeur un an, de 1688 à 1689). Selon Saint-Simon, pourtant avare de gentillesses, il avait un goût exquis en ce qui concerne la peinture, les pierres précieuses, les meubles, les bâtiments et les jardins.
Louis de Béchameil acquit le marquisat de Nointel le 31 août 1671 (il obtint confirmation du marquisat en 1697). Il dépensa des sommes importantes pour embellir ses terres et le château, faisant notamment dessiner les jardins par Le Nôtre.
PRISON SOUS LA RÉVOLUTION
En 1787 le château de Nointel est vendu par les descendants du Marquis de Béchameil au Duc de Bourbon, Prince de Condé. Celui-ci n’en profita pas longtemps car la Révolution éclata en 1789 et il fut contraint d’émigrer.
Le château de Nointel fut alors transformé par les révolutionnaires en prison dans laquelle les détenus étaient enfermés provisoirement avant leur transfert vers Chantilly.
Les prisonniers étaient relativement bien traités à Nointel, comme l’a écrit Eloy Fouquier, ancien procureur du Roi qui fut amené à Nointel en 1793 : « Le peuple du village nous a secourus … la vie eut été intolérable sans la perspective toujours présente de la guillotine qui était la chose dont on ne parlait jamais mais à laquelle on pensait toujours ».
C’est à cette époque également que plusieurs maisons de Nointel furent surélevées pour servir de logement aux personnes qui venaient visiter les prisonniers.

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